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COVID-19: Les patients guéris pourraient être réinfectés

L’idée évoquée par le premier ministre du Québec, François Legault, de rouvrir les écoles avant le 4 mai, pourrait bientôt devoir être abandonnée. Une nouvelle étude démontre que le coronavirus pourrait se réactiver chez les patients guéris.

Photo d’illustration. – © oksun70 – Getty Images/iStockphoto

Une nouvelle étude publiée cette semaine par les autorités sanitaires en Corée du Sud démontre que dans certains cas, le coronavirus s’emble s’être réactivé chez des patients guéris de la Covid-19

Par Frédéric Bisson

En tout, 51 patients déclarés guéris ont été testés positifs quelques jours après la fin de leur quarantaine, selon les résultats de l’étude préliminaire rapportés par Bloomberg. Selon les médecins, ils n’auraient pas été réinfectés, mais le virus resté dans leur organisme se serait réactivé. Une information devant laquelle il faut toutefois rester prudents, souligne l’Express.

Comment cette réactivation serait-elle possible? D’autres recherches sont en cours afin de comprendre ce phénomène. Il pourrait s’agir d’erreurs dans l’administration de tests de dépistage. Une hypothèse pourrait être que le SARS-CoV-2 (le virus à l’origine de la Covid-19) dispose de plusieurs façons de se réintroduire dans la cellule humaine.

COVID-19: 4 PORTES D’ENTRÉES

Fin mars, des chercheurs ont découvert que le coronavirus causant la Covid-19 dispose d’au moins 4 clés pour déverrouiller et infecter les cellules humaines.

Il faut d’abord comprendre comment le virus pénètre dans la cellule humaine afin d’y déposer son matériel génétique et proliférer.

Utilisons une image simple à comprendre: celle d’une serrure et d’une clé.

À la surface du SARS-CoV-2 se trouvent des protéines. Imaginons que ce sont des clés, comme celles que l’on utilise pour déverrouiller une porte.

Le virus pénètre dans le corps via une gouttelette absorbée par le nez ou la bouche. Il se colle ensuite à une cellule humaine afin d’y déposer son matériel génétique pour se reproduire. Il se sert alors de sa clé pour l’insérer dans la serrure de la cellule (le récepteur ACE2). Une fois la connexion établie, il aura accès au cœur de la cellule humaine saine (voir image suivante) [1].

Le corps est alors infecté par la COVID-19 et se met en état d’alerte pour produire des anticorps et gagner la bataille.

PAS UNE, MAIS 4 PORTES D’ENTRÉES

Le problème c’est que le virus SARS-CoV-2 dispose d’une série multiple de 4 clés qui peuvent ouvrir 4 serrures différentes de la cellule.

En plus de l’enzyme ACE2 – dont il s’est servi pour débarrer la porte des cellules une première fois – le virus dispose également d’au moins 3 autres « clés » compatibles : les enzymes CD147-SP[2], les GRP78[3] et les CD209L[4].

UNE CLÉ, UNE VAGUE ET UN SUPER VIRUS

La théorie avancée par Pascal Borel dans une vidéo virale sur le web stipule qu’une fois guéri après la première vague, le corps humain – se croyant immunisé contre la COVID-19 – pourrait baisser la garde et cesser de surveiller les autres points d’entrée. Comme un pirate informatique à l’affût, le coronavirus exploiterait cette faille de l’organisme en utilisant ses 3 autres clés pour pénétrer dans la cellule humaine.

Voilà pourquoi certains qualifient déjà le SARS-CoV-2 de « super virus »[5].

Cette affirmation reste toutefois à prouver. Une personne infectée via la protéine ACE2 peut-elle être infectée de nouveau par le biais d’une seconde porte d’entrée? Si oui, la maladie serait-elle alors plus mortelle? Contrairement aux affirmations de Monsieur Borel, il est trop tôt pour se prononcer.

Les chercheurs sud-coréens vont explorer cette hypothèse d’une multitude de portes d’entrées. Aussi, il leur faudra déterminer si le patient demeure contagieux pendant que le SRAS-CoV-2 demeure inactif dans le corps.

Source: Perry Tse, South China Morning Post

C’EST LA GUERRE

Les chercheurs doivent maintenant déterminer comment l’arrivée d’une 2e, 3e ou 4e vague risque d’affecter la population. Déjà la communauté scientifique semble d’accord sur le fait que le SARS-CoV-2 présente peu de mutations.

La Covid-19 cause un choc du système de défense chez les personnes âgées ou immunosupprimées. Ce « choc de cytokines »[7] ressemble à une tempête pendant laquelle le système immunitaire combat le virus, en dépêchant une quantité phénoménale de lymphocyte T et de cellules macrophages.

Comme tout bon général de guerre qui cherche de nouveaux soldats pour gagner la guerre, les cytokines activent les cellules du corps humain et les incitent à créer encore plus de cytokines[8]. C’est l’explosion!

Agence France-Presse — Getty Images Source: https://www.nytimes.com/article/coronavirus-body-symptoms.html

JUSQU’À 4 VAGUES MORTELLES ?

Une 2e vague de Covid-19, attendue l’automne prochain, pourrait-elle avoir des conséquences semblables à celles vécues lors de l’épidémie de grippe espagnole au début du siècle dernier?

Personne ne le sait. Toutefois, les conditions sanitaires et les avancées médicales du dernier siècle rendent difficile la comparaison des deux pandémies.

Rappelons que 90% des morts pendant la pandémie de 1918 ont été recensées durant la 2e vague, l’automne suivant[9]. Les 3e et 4e vagues ont lieu aux printemps 1919 et 1920. Le Québec a vécu un total de 4 vagues de la pandémie d’influenza[10].

Source: https://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/200905/02/01-852662-montreal-ville-fermee.php

QUE FAIRE?

Selon une récente étude publiée dans The Lancet[11], l’arrivée d’une 2e vague semble inévitable. L’objectif ultime serait de la retarder le plus longtemps possible, le temps de développer et de commercialiser un vaccin efficace contre la Covid-19.

En attendant une campagne d’inoculation planétaire, l’étude démontre que la distanciation physique demeure l’une des mesures les plus efficaces pour retarder l’arrivée des vagues successives. Les chercheurs croient qu’en repoussant à avril 2020 la reprise de l’activité économique à Wuhan, en Chine – épicentre de la pandémie – les autorités pourront décaler le pic de la 2e vague au mois d’octobre 2020.

D’autres affirment qu’il faut également prolonger considérablement la période d’isolement de 14 jours.

En effet, 5 équipes de chercheurs canadiens et chinois ont démontré[12] qu’un patient sur 8 semble présenter un temps d’incubation plus long. L’étude suggère qu’une quarantaine de 17 à 21 jours serait plus appropriée.

DE L’ESPOIR

Si la découverte de ces nouvelles voies d’accès risque d’en inquiéter plusieurs, la science nous rappelle que ces percées majeures constituent de nouvelles pistes pour le développement d’un traitement ou d’un vaccin contre la Covid-19.

SOURCES ET RÉFÉRENCES

[1] « A crucial role of angiotensin converting enzyme 2 (ACE2) in SARS coronavirus-induced lung injury », Nature Medicine, vol. 11, no 8,‎ août 2005, p. 875–916 (PMID 16007097, DOI 10.1038/nm1267)

[2] https://www.biorxiv.org/content/10.1101/2020.03.14.988345v1.full.pdf

[3] https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0163445320301079

[4] https://www.researchgate.net/publication/8221595_CD209L_L-SIGN_is_a_receptor_for_severe_acute_respiratory_syndrome_coronavirus

[5] https://www.thailandmedical.news/news/breaking-new-coronavirus-research-shows-that-the-sars-cov-2-coronavirus-has-a-fourth-route-of-attacking-human-host-cells-making-it-a-real-super-virus

[6] https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/sante/documents/Problemes_de_sante/19-210-30FA_Guide-autosoins_francais.pdf?1584985897

[7] « The cytokine storm of severe influenza and development of immunomodulatory therapy », Cellular & Molecular Immunology, vol. 13, no 1,‎ janvier 2016, p. 3–10 (PMID 26189369, PMCID 4711683, DOI 10.1038/cmi.2015.74)

[8] « Preparing for the next pandemic », The New England Journal of Medicine, vol. 352, no 18,‎ mai 2005, p. 1839–42  (PMID 15872196, DOI 10.1056/NEJMp058068)

[9] https://www.pc.gc.ca/fr/culture/clmhc-hsmbc/res/doc/information-backgrounder/espagnole-spanish

[10] https://www.quebecscience.qc.ca/sante/grippe-espagnole-la-grande-tueuse/

[11] https://www.thelancet.com/journals/lanpub/article/PIIS2468-2667(20)30073-6/fulltext

[12] https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2020.03.15.20036533v1.full.pdf

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